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Le Christ Roi de l'univers
34e Dimanche du temps ordinaire

Textes liturgiques © AELF, Paris

Le signe du Royaume

L’onction que reçoit Jésus sur la croix le fait roi mais elle est marquée de dérision, de souffrance et de sang. On est loin de la sérénité et du consensus qui entouraient – un millénaire plus tôt - 'l’adoubement' de David à Hébron. Plus tard, celui-ci prendra par les armes la ville de Jérusalem et en fera sa capitale. Dans l’imaginaire juif, le Roi et sa ville ne feront plus qu’une réalité. Bientôt, les pèlerins y viendront en foule et entonneront en la voyant de loin le psaume 121. Les divisions et les guerres, les chaos de l’histoire, mettront à mal le prestige des origines et l’efficacité politique de la royauté juive. Elle demeurera pourtant dans le Peuple comme un mythe fondateur.
Mais le mystère pascal et la résurrection de Jésus à Jérusalem transformeront la substance même du Royaume. Il s’agissait d’une institution humaine parmi d’autres, surgie des chaos de l’histoire pour guider les hommes sur les chemins de la vie commune. L’Esprit, certes, y jouait déjà son rôle. Il s’agit maintenant du signe par lequel Dieu montre aux hommes qu’il les aime et qu’il les pardonne ; le signe qu’il récapitule toutes choses dans le Christ..

Première lecture : Deuxième livre de Samuel, chapitre 5,1-3

Toutes les tribus d'Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : « Nous sommes du même sang que toi ! Dans le passé déjà, quand Saül était notre roi, tu dirigeais les mouvements de l'armée d'Israël, et le Seigneur t'a dit : 'Tu seras le pasteur d'Israël mon peuple, tu seras le chef d'Israël.' » C'est ainsi que tous les anciens d'Israël vinrent trouver le roi à Hébron. Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron, devant le Seigneur. Ils donnèrent l'onction à David pour le faire roi sur Israël.

Saül est mort. Il faut trouver un roi pour Israël. Pour affronter les tribulations de la vie, on est plus fort lorsqu’on est rassemblé. Les tribus se rappellent que, très tôt, David a été marqué par la présence de l’Esprit de Dieu. Elles convergent vers lui et lui font confiance. Après la marque de Dieu, c’est celle du Peuple qu’il reçoit. Il est prêt à assurer sa tâche.
Ton règne, Seigneur, est un règne de paix.

Quelle joie quand on m'a dit :
« Nous irons à la maison du Seigneur ! »
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem !

Jérusalem, te voici dans tes murs :
ville où tout ensemble ne fait qu'un !
C'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur,
là qu'Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.

C'est là le siège du droit,
le siège de la maison de David.
Appelez le bonheur sur Jérusalem :
« Que la paix règne dans tes murs ! »

Psaume 121(122)

Les pèlerins montent vers Jérusalem et s’attardent à contempler la ville avant un dernier effort. C’est le temple, la maison du Seigneur. C’est la citadelle où le voyageur pourra se reposer sans crainte. C’est le port vers lequel tous se dirigent. C’est la ville de la paix comme le suggère son nom… C’est une ville signe…

Une fois de plus, Paul insère dans sa correspondance une hymne au Christ, telle que la chantait la communauté primitive. L’action de grâce vise le Père qui donne la force de triompher du Mal. Elle vise aussi son image, le Fils qui ouvre à l’existence toute la création. Dans son immensité, le Cosmos est son Royaume. Sachons y trouver notre place. Seconde lecture : Lettre aux Colossiens, chapitre 1,12-20

Frères, rendez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d'avoir part, dans la lumière, à l'héritage du peuple saint. Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, il nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé, par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés.

Lui, le Fils, il est l'image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature, car c'est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles : tout est créé par lui et pour lui. Il est avant tous les êtres, et tout subsiste en lui. Il est aussi la tête du corps, c'est-à-dire de l'Église. Il est le commencement, le premier-né d'entre les morts, puisqu'il devait avoir en tout la primauté. Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.

Nous refermons aujourd’hui l’évangile de Luc sur cette page où Jésus pardonne le malfaiteur repenti. Elle est significative de 'l’évangile de la miséricorde'. Le larron parle du 'Règne'. Mais ce règne est-il ailleurs que dans le geste d’accueil du Crucifié ? La souffrance la plus cruelle est impuissante à empêcher la Bonne Nouvelle du Salut de se répandre à partir de sa source. C’est ainsi que s’ouvre devant les hommes le Paradis. A partir de la semaine prochaine, et pour un an, nous avons rendez-vous avec Matthieu. Il nous guidera à son tour sur les chemins de la vie.
Evangile de Jésus Christ selon saint Luc, chapitre 23,35-43

On venait de crucifier Jésus et le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d'autres : qu'il se sauve lui-même, s'il est le Messie de Dieu, l'Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui. S'approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée, ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait : « N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! » Mais l'autre lui fit de vifs reproches : « Tu n'as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. » Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

P. Emmanuel Chazot

Prêtre du Coeur de Jésus (diocèse du Puy)

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