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Dimanche 9 mars 2008
5e dimanche de Carême

Textes liturgiques © AELF, Paris

Le Dieu de la Vie

Le prophète Ezechiel annonce majestueusement la victoire de l’Esprit et de la vie. Le psalmiste gémit une prière de supplication au nom de tous ceux qui ont franchi le cap de la mort ; il pressent déjà que, si elle attriste et dévitalise, elle n’a la capacité de tuer ni foi ni confiance. L’épître aux Romains nous assure que l’Esprit inaugure la résurrection bien avant la mort physique. Quand à l’évangile de Jean, le réveil de Lazare lui permet d’annoncer la propre résurrection de Jésus.

Première lecture : Livre d'Ezéchiel, 37,12-14

Ainsi parle le Seigneur Dieu. « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d'Israël. Vous saurez que je suis le Seigneur, quand j'ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai sortir, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous installerai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur : je l'ai dit, et je le ferai. » Parole du Seigneur.

A l’issue de la vision grandiose des ossements desséchés, le prophète prononce l’oracle qui proclame, bien avant la résurrection de Jésus, la maîtrise du Dieu d’Israël sur la vie et sur la mort des hommes. Ezechiel encourage le Peuple de Dieu à se relever de la défaite militaire et de l’exil. Nous, bien-sûr, relisons ces paroles en pensant à Lazare ainsi qu’aux réveils des 'saints trépassés' qui accompagnent, en l’évangile de Matthieu, la mort de Jésus sur la croix.
Auprès du Seigneur est la grâce, la pleine délivrance.

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel !
Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !

Si tu retiens les fautes, Seigneur
Seigneur, qui subsistera ?
Mais près de toi se trouve le pardon
pour que l'homme te craigne.

J'espère le Seigneur de toute mon âme ;
je l'espère, et j'attends sa parole.
Mon âme attend le Seigneur
plus qu'un veilleur ne guette l'aurore. *

Oui, près du Seigneur, est l'amour ;
près de lui, abonde le rachat.
C'est lui qui rachètera Israël
de toutes ses fautes.

Psaume 129(130)

Y a-t-il profondeur plus grande que la mort ?
Le Samedi saint, le 'credo' nous affirme que Jésus est 'descendu aux Enfers'. Il est allé à la rencontre des hommes, prisonniers du péché, qui avaient encore la capacité de se tourner vers Dieu, d’implorer son pardon et son amour. Ils étaient encore capables d’espérer. Et nous ?

Et si la résurrection était déjà inaugurée ? Dés que l’Esprit de Dieu nous touche, au baptême, nous inaugurons notre propre résurrection. Bien sûr, au-delà de la mort charnelle, la vie divine investira tout entier notre corps mortel. Mais, en attendant, chaque fois que nous approchons du mystère eucharistique, chaque fois que nous mettons en œuvre le mystère de la charité, nous nous approchons de la réalité la plus profonde de l’existence humaine : le partage de la vie de Dieu. Seconde lecture : Lettre aux Romains 8,8-11

Frères, sous l'emprise de la chair, on ne peut pas plaire à Dieu. Or, vous, vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous l'emprise de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, votre corps a beau être voué à la mort à cause du péché, l'Esprit est votre vie, parce que vous êtes devenus des justes. Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

La vie de Jésus rapportée dans les évangiles voit fleurir les guérisons. Même si la sienne est l’aboutissement du Mystère pascal, les résurrections sont plus rares : la veuve de Naïm, la fille de Jaïre et…Lazare.
A Béthanie, à une heure de marche de Jérusalem, Jésus a ses habitudes. Il est un familier de la maison de Marthe, Marie et leur frère. Lorsque la maladie s’installe chez son ami, il se garde de se précipiter. Est-ce prudence, alors que sa propre vie est menacée ? Son déplacement, lorsque tout est irrémédiablement perdu, semble encore moins compréhensible. C’est oublier que sa vie est au service de la foi des hommes, amis, disciples ou simples curieux. En suscitant la foi des deux sœurs, au-delà de leur détresse, en frémissant d’émotion devant la tombe de son ami, il appelle à Lui tous ses compagnons d’humanité qui traversent les ténèbres de la souffrance. En redonnant vie à Lazare, il affirme sa puissance de Messie et annonce sa propre résurrection. La maladie et la mort, immémoriales malédictions de l’homme, n’ont qu’à bien se tenir. Dans la perspective de la Résurrection, elles peuvent, définitivement, prendre sens.
Evangile selon saint Jean, 11,1-45

Un homme était tombé malade. C’était Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de sa soeur Marthe. (Marie est celle qui versa du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. Lazare, le malade, était son frère.) Donc, les deux soeurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa soeur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deux jours à l'endroit où il se trouvait ; alors seulement il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas ? » Jésus répondit : « Ne fait-il pas jour pendant douze heures ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n'est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s'est endormi ; mais je m'en vais le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s'il s'est endormi, il sera sauvé. » Car ils pensaient que Jésus voulait parler du sommeil, tandis qu'il parlait de la mort. Alors il leur dit clairement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n'avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui ! »

Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem - à une demi-heure de marche environ - beaucoup de Juifs étaient venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil. Lorsque Marthe apprit l'arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t'accordera tout ce que tu lui demanderas. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. »

Ayant dit cela, elle s'en alla appeler sa soeur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t'appelle. » Marie, dès qu'elle l'entendit, se leva aussitôt et partit rejoindre Jésus. Il n'était pas encore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l'endroit où Marthe l'avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie, et lui manifestaient leur sympathie, quand ils la virent se lever et sortir si vite, la suivirent, pensant qu'elle allait au tombeau pour y pleurer. Elle arriva à l'endroit où se trouvait Jésus ; dès qu'elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. »

Quand il vit qu'elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleversé d'une émotion profonde. Il demanda : « Où l'avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Viens voir, Seigneur. » Alors Jésus pleura. Les Juifs se dirent : « Voyez comme il l'aimait ! » Mais certains d'entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

Jésus, repris par l'émotion, arriva au tombeau. C'était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la soeur du mort, lui dit : « Mais, Seigneur, il sent déjà ; voilà quatre jours qu'il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l'ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m'as exaucé. Je savais bien, moi, que tu m'exauces toujours ; mais si j'ai parlé, c'est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. » Après cela, il cria d'une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »

P. Emmanuel Chazot

Prêtre du Coeur de Jésus (diocèse du Puy)

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